CONCEPT DE COMMUNICATION

1. CONTEXTE

2. DÉFINITION

3. DESCRIPTION

4. CONSTRUCTION

1. CONTEXTE

Domaine de connaissance : sciences humaines

Approche théorique : cybernétique et théorie de l’information

2. DÉFINITION

Transmission d’au moins un message entre un émetteur et un récepteur via un canal.

3. DESCRIPTION

A - COMPOSITION

Types : communication unilatérale, communication bilatérale (réciproque), communication multilatérale.

Eléments constitutifs : émetteur, récepteur, message, code, canal, feed-back.

Opérations impliquées : émission, transmission, réception, codage, décodage, rétroaction.

Condition nécessaire : existence d’un code commun entre le récepteur et l’émetteur.

B - CARACTÉRISATION

Quantité d’information transportée.

Complexité de l’information.

Vitesse de la transmission.

Interférences possibles : bruit, coupure de la transmission.

Possibilité de feed-back.

C - FONCTION

Informer le récepteur.

4. CONSTRUCTION

HISTOIRE DU CONCEPT

Le concept de communication émerge avec les travaux d’un mathématicien, Norbert Wiener, qui fut le fondateur de la cybernétique, et se modélise au travers d’une recherche effectuée par deux ingénieurs en télécommunications, Shannon et Weaver. Le concept est alors représenté par le schéma émetteur-message-récepteur. A noter qu’à l’origine ce schéma était unilatéral.

Le concept de communication tel qu’il a été inauguré par la théorie de l’information a été enrichi de diverses manières. D’abord avec Lasswell, dans la perspective d’une communication ou diffusion de masse, puis par le linguiste Roman Jakobson.

Reste, bien sûr, le fait que cette manière de penser la communication fait encore partie, aujourd’hui, des préconceptions de l’occidental moyen. Les diverses critiques portées à son encontre n’ont pas suffi à la ranger aux accessoires désuets.

EXEMPLES

Un émetteur A transmet un message X à un récepteur B qui confirme ou non (feed-back) la réception du message. (Communication unilatérale)

Un émetteur A transmet un message X à un récepteur B qui confirme ou non (feed-back) la réception du message et répond à A par un message Y. (Communication bilatérale ou réciproque)

Un émetteur A transmet un message X à une série de récepteurs B, C, D, etc. qui confirment ou non (feed-back) la réception du message. (Communication multilatérale ou de masse)

CONTRE-EXEMPLES

Il n’y a pas communication si l’on observe un des phénomènes suivants:

bulletl’émission est brouillée.
bulletle canal est interrompu ou parasité.
bulletle message ne parvient pas au récepteur : il n’est pas décodé avec le même code que celui de l’émetteur, le récepteur est éteint ou est en panne, etc..
bulletil n’y a pas de feed-back : on ne sait pas si le message est arrivé au destinataire..

COMMENTAIRE GENERAL

Le concept de communication a été intégré dans de nombreux domaines de connaissance et s’est infiltré dans quasiment toutes les activités humaines. D’où la difficulté à le cerner et à en poser une définition stable. A chaque utilisation de ce concept, il est important d’associer une explicitation de son contexte et de ses dimensions.

Ainsi, si l’on parle de communication en entreprise, évoque-t-on la circulation de l’information à l’intérieur de la société, le système physique d’information qui y est installé ou la manière dont les acteurs de l’entreprise interagissent entre eux ?

ANALOGIE

Un homme vient de faire naufrage et se réfugie sur une île déserte. Il rédige un message qu’il enferme dans une bouteille et la lance dans l’océan. Un promeneur trouve la bouteille quelques mois plus tard et prend connaissance du message.

A partir de quel moment considère-t-on qu’il y a eu communication ?

Réponse : à partir du moment où le destinataire trouve la bouteille (réception du message) et met en œuvre des secours (feed-back).

DISCUSSION

Le concept de communication tel qu’il est présenté ici relève à la fois de la transmission d’information et de la télécommunication.

Il y a synonymie entre communication et information : communiquer consiste à informer un ou plusieurs récepteurs.

L’histoire du concept montre qu’il a été forgé dans la perspective d’une représentation de la communication à distance : téléphone ou télégraphe. Et que cette communication à distance a été modélisée essentiellement sous son aspect matériel : peu importe les données qu’elle véhicule.

D’où des limites à cette manière de construire le concept de communication. D’abord parce qu’elle ne tient pas compte des personnes qui communiquent et de toutes leurs dimensions psychologiques, culturelles ou sociales.

Ensuite parce que la condition nécessaire – l’existence d’un code commun – est purement formelle et contraire à l’observable en la matière : seuls pourraient communiquer que des émetteurs et des récepteurs qui seraient des clones intégraux. Or, dans ce cas, le besoin de communiquer disparaîtrait.

De plus, considérer que la question du sens ne pose pas problème dans la mesure où le contenu du message est correctement codé est une simplification commode mais chacun sait intuitivement que ce que quelqu’un dit (signification) n’équivaut pas à ce qu’il veut dire (sens). (Pour en savoir plus, voir le cours du 5 janvier 2004)

ALERTE

Si l’on considère que la communication est un transport ou une circulation d’information, le concept d’information ne peut être ramené à la version journalistique de ce terme. Dans la théorie de l’information, l’information est essentiellement quantifiable. Il y a un rapport inversement proportionnel entre la fréquence d’apparition d’une donnée d’information et l’information qu’elle apporte. Autrement dit, plus il y a redondance, moins il y a quantité d’information.

CITATIONS POUR RÉFLÉCHIR

" Il y a communication chaque fois qu’un organisme quelconque, et un organisme vivant en particulier, peut affecter un autre organisme en le modifiant ou en modifiant son action à partir de la transmission d’une information (et non par une action directe, telle que celle qu’exerce une force physique mettant en jeu une énergie). "

Gilles AMADO, André GUITTET

(La dynamique des communications dans les groupes. Paris, Armand Colin, 1975, p. 3)

*     *     *

" Communiquer, pour les humains, ce n’est pas seulement transmettre de l’information. Souvent, on parle pour ne rien dire, ou on dit le contraire de ce qu’on veut réellement dire, ou encore ce que l’interlocuteur sait déjà. Une bonne partie de l’information, d’ailleurs, est implicite, c’est-à-dire absente du message proprement dit. Bref, on parle pour toutes sortes de raisons étrangères à l’acte d’informer : pour marquer un pouvoir, par exemple. "

Marina YAGUELLO

(Alice au pays du langage. Paris, Seuil, 1981, p. 19)

*     *     *

" Deux critiques majeures peuvent être adressées à ce modèle : il ignore totalement le fait que la communication est effectuée par des individus (ou des groupes) c’est-à-dire par des opérateurs sur lesquels vont intervenir de manière massive des facteurs psychologiques, des contraintes sociales, des systèmes de normes, des valeurs. Il pose la communication comme un processus linéaire (même si le feed-back boucle le système) et séquentiel. "

Jean-Claude ALBRIC

(Psychologie de la communication. Paris, Armand Colin, 1996, p. 8)

OUTIL DE RÉFLEXION

Voici une liste d’affirmations diverses qui traitent du concept de communication dans la perspective ouverte par la théorie de l’information, avec quelques exceptions flagrantes. Chacune de ces affirmations peut être selon vous vraie, fausse, partiellement vraie, partiellement fausse. A vous de faire le tri, en ayant pour objectif de redéfinir plus précisément votre vision de ce concept, quitte éventuellement à vous rendre compte que votre carte conceptuelle personnelle ne correspond pas à la vision théorique proposée par Shannon, Weaver et Wiener.

Après avoir réfléchi sur chacune de ces propositions, vous pourrez construire un graphe ou carte qui représentera visuellement l’état actuel de votre connaissance du concept.

1. La communication est une transmission de données.

2. La communication ne peut exister que s’il y a un émetteur et un récepteur.

3. La communication est une connexion entre deux organismes ou deux machines.

4. La communication a un impact sur l’interlocuteur.

5. La communication s’établit entre des émetteurs-récepteurs qui n’ont pas le même code.

6. La communication sans feed-back n’est pas de la communication.

7. La communication est une transmission de données structurées encapsulées dans un message.

8. La communication est un envoi de message : peut importe s’il parvient ou non au destinataire.

9. La communication présuppose une intention de communiquer.

10. La communication ne peut s’établir que si les émetteurs-récepteurs ont le même code et les mêmes règles de codage.

11. La communication échoue si l’émission est incohérente ou peu claire.

12. La communication ne peut exister que si au moins deux personnes sont présentes.

13. La communication est impossible entre deux machines.

14. La communication est un concept synonyme du concept d’information.

15. La communication est d’autant plus efficace qu’elle est rapide.

16. La communication est un phénomène physique.

17. La communication est un transport de signes linguistiques.

Sont incompatibles ou peu compatibles avec le concept de communication présenté dans cette approche : 5, 8, 9, 11, 12, 13.

CONCEPTS RELIÉS

Emetteur

Emission

Entropie

Canal

Code

Cybernétique

Feed-back

Information

Message

Récepteur

Réception

Redondance

Théorie de l’information

Transmission

AUTRES APPROCHES THÉORIQUES

Approche systémique (Ecole de Palo Alto, Watzlawick)

Approche linguistique (Jakobson)

Approche psychosociologique

Approche constructiviste (Sperber)

Georges Adamczewski – EISTI – Laboratoire LASSI – 31 juillet 2005

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