CITATIONS D'Edmond JABÈS
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ACCOMPAGNEMENT AU-DELÀ AUSCHWITZ AVENIR CERTITUDE/INCERTITUDE CONNAISSANCE DÉSERT DIEU DOUTER ÉCRIRE ÉCRITURE ENFANCE IDENTITÉ LIBERTÉ MORT MOT MOTS MOURIR NOM PAROLE PENSÉE POÉSIE QUESTION RÉVOLTE RUPTURE SILENCE TEMPS THÉÂTRE
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Je vous conduirai jusqu'à la porte dont vous possédez la clé.
(Le Livre des Questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 74)
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L'au-delà de la vie rejoint l'au-delà de la mort : une même eau, un même feu, un même désert.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 320)
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Auschwitz est, dans mes livres, non point uniquement en tant que summum de l'horreur, mais comme faillite de notre culture.
(Entretiens avec Le Monde. 2. Littératures. Paris, La Découverte / Le Monde, 1984, p.101)
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Il y a ceux qui s'imaginent fonder leur avenir sur une certitude et ceux qui savent, à l'avance, qu'ils bâtiront sur le sable.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 178)
L'avenir est le passé qui vient.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 216)
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Ce n'est pas la certitude qui est créatrice, mais l'incertitude à laquelle nous sommes, dans nos oeuvres voués.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 304)
L'incertitude de Dieu est pareille au flux et au reflux de la mer. Elle engendre la parole par laquelle l'homme proclame sa certitude.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 305)
La certitude est région de mort ; l'incertitude vallée de vie.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 305)
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La connaissance bute contre la froide étendue de l'ignorance, comme rayons solaires au miroir de la mer dont la profondeur les stupéfie.
(Le petit livre de la subversion hors de soupçon. Paris, Gallimard, 1982, p. 12)
La véritable connaissance, c'est de savoir chaque jour que l'on n'apprendra, en fin de compte, rien; car le Rien est aussi connaissance étant l'envers du Tout, comme l'air est l'envers de l'aile.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 130)
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Le désert, c'est le vide avec sa poussière. Au coeur de cet univers pulvérisé, dans son absence intolérable, seul le vide conserve sa présence ; non plus comme vide, mais comme respiration du ciel et du sable.
(Entretiens avec Le Monde. 2. Littératures. Paris, La Découverte / Le Monde, 1984, p.105)
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Dieu est une mèche discrète qui, par toi, sera clarté; car elle attend, sous le verre, le geste de feu qui en fera ta lampe.
(Le Livre des Questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 40)
Dieu est absent. Toute présence est, à soi-même, limitée.
(Le Livre des Questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 304)
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Douter, n'est-ce pas repousser tout épi de croyance afin de croire sans cesse, pour la première fois ?
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 333)
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L'écrit n'est pas un miroir. Ecrire, c'est affronter un visage inconnu.
(Le petit livre de la subversion hors de soupçon. Paris, Gallimard, 1982, p. 7)
On n'écrit jamais que ce qui nous écrit depuis quelques instants ou depuis des siècles et qui, tout à coup, surgit de notre plume pour faire de ce récent ou très ancien passé un présent perpétuel.
(Entretiens avec Le Monde. 2. Littératures. Paris, La Découverte / Le Monde, 1984, p.101)
Écrire, c'est entreprendre un voyage au terme duquel on ne sera plus le même ; au bas de la page parcourue.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 190)
Ecrire, c'est rendre le sommeil aux mots. La page est le dortoir ; alors le rêve prend les rênes et tu peux boire à l'étape.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 297)
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Le fou d'écriture rêve d'être une ombre pour épouser l'eau. De cette union, naissent les livres.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 87)
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L'enfance est une colonie de paroles que les années s'acharnent à disperser.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 176)
L'enfance est une colonie de paroles étonnées.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 176)
L'enfance est le feuillet sur lequel aucun signe ne peut se maintenir, mais il arrive que des vocables s'y mirent, comme dans le carreau d'une fenêtre.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 326)
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La question : "qui suis-je ?" n'a, pour moi, aucun sens. Elle n'a jamais effleuré mon esprit. Peut-être parce que l'identité qui n'est que le besoin légitime d'avoir un visage à exhiber n'est, en fait, que le désir, condamné à rester à l'état du désir, d'une affirmation de nous-même constamment différée ; c'est qu'il ne peut y avoir identité que dans la permanence et celle-ci est toute relative, étant passage d'une identité cernée à une autre, entrevue avant d'être, à son tour, circonscrite.
(Entretiens avec Le Monde. 2. Littératures. Paris, La Découverte / Le Monde, 1984, p.104)
Appliqué à reconstituer l'image éphémère de moi-même, je suis l'insatisfait, le défunt, l'océan.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 245)
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La liberté s’éveille petit à petit, à mesure que nous prenons conscience de nos liens, comme le dormeur de ses sens ; alors nos actes ont enfin un nom.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 128)
Notre liberté ne serait-elle que l'éternelle perte de la liberté ? La mort ainsi prendrait son véritable sens en obligeant l'homme à constamment se recréer, comme la minute dans le temps.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 288)
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La mort, c'est le passé qui persiste.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 315)
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Le mot ne meurt pas comme un homme, mais comme un vocable. Avec lui, s'émiette l'univers.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 336)
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Les mots sont des fenêtres, des portes entrouvertes dans l’espace ; je les devine à la pression de nos paumes sur elles, aux empreintes qu’elles y ont laissées.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 153)
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Mourir, c'est embrasser enfin sa condition d'étranger. Qui est plus étranger qu'un homme défunt ?
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 227)
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Mon nom est dans ma peine et ma peine n'a pas de nom.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 318)
Un nom, c'est le voyage d'une vie et la raison de la mort.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 332)
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La parole abolit la distance, désespère le lieu. Est-ce nous qui la formulons ou bien elle qui nous modèle ?
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 152)
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La pensée est sans attaches : elle vit de rencontres et meurt de solitude.
(Le petit livre de la subversion hors de soupçon. Paris, Gallimard, 1982, p. 19)
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La poésie est plante de nos peines. Elle a l'âge de nos pleurs.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 314)
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Privilégier la question, c'est soumettre la réponse à une interrogation sans fin ; c'est faire basculer le pouvoir, préserver l'ouverture.
(Entretiens avec Le Monde. 2. Littératures. Paris, La Découverte / Le Monde, 1984, p.101)
Le temps de la terre est celui d'une question dont nous avons éprouvé les vaines réponses.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 156)
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La révolte est une page froissée dans la corbeille à papier. Mais de cette page sacrifiée, naît souvent le chef-d'oeuvre.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 181)
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N’oublie jamais que tu es le noyau d’une rupture.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 141)
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Si la parole éclaire, le silence n'obscurcit pas : il régénère.
(Le petit livre de la subversion hors de soupçon. Paris, Gallimard, 1982, p. 11)
Dans le silence, nous sommes toujours à l'écoute de la mort.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 306)
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Le temps, c'est le devenir, la flambée recommencée d'une seconde.
(Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 152)
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Je me demande si le public de ces divertissements profanes que la scène dispense, se rend compte qu'un spectacle est une école d'apprentissage et que, des heures durant, amusé, ému ou déconcerté, il apprend passivement à mourir.
(Le Livre des Questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 87)
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Georges Adamczewski - 24 juillet 2005
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