QU'EST-CE QUE LA COMMUNICATION ?
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La communication est une invention du XXe siècle. Il avait déjà fallu plusieurs siècles pour qu’en Occident naisse l’individu, figure singulière et intériorité reconnue.
L’acte de naissance de la communication porte, chronologiquement, la marque d’une première parenté, celle de Norbert Wiener, mathématicien, fondateur de la cybernétique. C’est à une véritable effervescence intellectuelle que l’on assiste autour de lui à partir des années 1940. L’idée-phare, qui a eu des retombées dans de nombreux domaines scientifiques, est de prendre en considération prioritairement les relations entre éléments plutôt que les éléments en eux-mêmes. Autrement dit, dans cette perspective nouvelle, ce sont les relations qui définissent les éléments ou entités, relations qui tissent les systèmes, relations entre systèmes. L’impact sur une théorie de la communication se fit quelque peu attendre, et ne s’effectua qu’avec l’approche de l’Ecole de Palo Alto, à la suite des travaux de Gregory Bateson.
Une seconde parenté, qui reste néanmoins la référence principale aujourd’hui, nous vient de l’ingénierie, d’un domaine technologique particulier, celui du téléphone et de la télégraphie. Deux ingénieurs désormais célèbres, Shannon et Weaver ont tenté de modéliser la communication à distance, ou plus exactement, la matérialité de ce type de liaison. D’où le fameux schéma encore colporté de nos jours : un émetteur transmet un message à un récepteur via un canal.
La vision ordinaire de la communication entre individus repose sur un présupposé fortement installé : l’émetteur dispose d’une certaine quantité de matière, disons d’un paquet d’information (le message) et en effectue le transport vers un récepteur. Le transport s’effectue dans des conditions (bruit, interruption) qui peuvent parfois parasiter une telle réception.
La première conséquence d’une telle approche matérialiste de la communication est de considérer que le colis envoyé contient toute la marchandise, c’est-à-dire que le sens est lui aussi transporté.
La vie de tous les jours nous montre généreusement à quel point cela est faux. S’il y a effectivement un aspect physique de la communication, il est de l’ordre de du paquet sonore ou de la trace écrite. Si le destinataire dispose de la langue utilisée par l’émetteur, il recevra, après décodage, une syntaxe et une série de significations. Mais cela est le maximum possible.
Rappelons le principe de base, déjà développé dans les cours précédents : la signification est donnée, le sens est construit. Le dit récepteur, une fois le colis reçu et ouvert, n’en n’a pas fini de s’interroger, car le dit message est comme un message à trous ou un abrégé chargé d’indices à déchiffrer. Cette incomplétude est propre à toute émission sonore et à toute production écrite. Le dit récepteur est en fait celui qui, grâce à son imagination et à sa réflexion, invente le sens de ce qu’il a reçu à la manière d’une énigme.
D’aucuns diraient même qu’il n’y a pas de message puisque le paquet d’information ne contient ni la clé de son intention, ni celle de son contexte, ni même celle de ses conséquences. S’il y a un « message », ce ne peut être que le résultat du travail de l’interlocuteur, en tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’il n’a pas été transporté.
Le caractère non-transportable du sens peut étonner certains, habitués qu’ils ont été à ne pas distinguer la signification du sens. Ce qu’il faut arriver à comprendre ici se résume en un énoncé : la signification est commune, collective ou collectivisée, tandis que le sens est toujours singulier.
D’une certaine façon, le langage humain, de par sa dimension sociale, est impropre à exprimer ou à décrire ce qui n’appartient qu’à soi, à formuler ou à faire entendre une expérience intérieure ou personnelle. Et pourtant, chacun parvient au moins un peu dans sa vie à construire ou à discerner du sens au travers de la parole ou de l’écriture.
Pour avancer d’un pas de plus vers un éclaircissement de ce paradoxe, il est nécessaire de bien distinguer le transportable du non-transportable : la signification est une combinaison plus ou moins complexe d’éléments reliés par une logique, traduits dans une syntaxe et puisant dans la richesse lexicale d’une langue ; le sens se produit, lui, comme un événement singulier et non comme un élément ou une structure.
La langue est un système non-éphémère, disponible à tout moment, réutilisable à loisir, perfectible, qui est le vecteur de la signification. Sa stabilité relative, sa nature conventionnelle, son rôle sociétal, en font un référent commun pour les individus qui l’adoptent. Elle permet de poser de la chose signifiante dans l’entre-deux d’une relation humaine.
Mais en amont de la chose signifiante, lave éteinte d’un volcan en éruption, il y un x ou un y inconnus, une zone de présence, une subjectivité en acte. Mais en aval de la chose signifiante, il y a également quelqu’un, une personne.
Un événement jaillit dans la sphère, dans l’univers de l’un, un événement qui s’inscrit dans le ciel intérieur, un événement qui parfois ne sort jamais de sa prison de verre. Cet événement ne dure parfois qu’un instant, quelque chose prend sens pour celui qui en fait l’expérience. Et le besoin terriblement humain de faire appel à autrui, de le solliciter ou de partager avec lui, le fait sortir de son silence ou de son dialogue intérieur. Il va alors lancer à autrui des éléments, des parcelles ou des fragments d’univers, jamais la totalité. Et il va se rendre rapidement compte que le sens auquel il tient - ou même qui le fait tenir dans sa vie - est comme pulvérisé dans sa tentative de transmission. Bref, l’événement sensible et intelligible qui s’est produit s’est brutalement métamorphosé en scories, en significations communément estampillées.
De l’autre côté de la rivière, l’interlocuteur, s’il prend à la lettre ces significations reçues, n’y verra que de l’ordinaire flot de paroles ou balaiera d’un revers de manche toute cette poussière de mots. Par contre, s’il infère l’existence d’un quelqu’un ou d’une quelqu’une, s’il fait l’hypothèse d’un univers singulier chez l’autre, il commencera à se mettre au travail du sens. Et si, par chance ou par ténacité, il parvient à son but, il aura réussi à transformer une figure géométrisée par la langue en un événement pour lui.
Peu importe, à ce stade, s’il est parvenu ou non à une compréhension de l’autre, ce qui compte pour qu’il ait déjà communication c’est cette événementialité : il s’est passé également quelque chose pour lui.
J’ai cru pendant longtemps, un peu comme tout le monde, que la compréhension de l’autre était le seul critère de la communication. Mais c’était encore renouer avec le mythe de la réception pure. Si je suis un être singulier, si l’autre est un être singulier, il nous est néanmoins possible de nous faire signe, pour que d’une rive à l’autre, chaque signe puisse être transformé en instantané de sens. Resterait à savoir dans quelle mesure chacun souhaite ou non le rapprochement ou la proximité dans cette distance qui nous porte et nous pousse à l’existence singulière.
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© Georges Adamczewski – EISTI – Cours du 5 janvier 2004
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P. S. : Ce thème étant un de mes sujets de recherche, je me tiens à votre disposition pour toute conférence ou intervention de vive voix au sein de votre organisation, association ou établissement.
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CONCEPT DE COMMUNICATION (Cybernétique et théorie de l'information)
CONCEPT DE COMMUNICATION (Approche interpersonnelle)
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