QU'EST-CE QU'UN MOT ?
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Aussi étrange que cela puisse paraître, il est devenu aujourd’hui difficile de définir ce qu’est un mot. Dans la langue quotidienne pourtant, tout le monde s’accorde encore à considérer qu’il s’agit d’une réalité simple, évidente. Tout le problème réside, dans un premier temps, dans le type de découpage effectué pour le cerner et l’isoler provisoirement de son contexte.
1 – Les types de mots
On peut distinguer plusieurs types de mots :
Le mot graphique, qui s’inscrit entre deux blancs. Ce type de découpage est généralement celui auquel on pense en premier. Mais le mot écrit n’est pas constitutif d’une langue, il n’en est que la transcription, et son découpage est conventionnel et historiquement daté.
Le mot sonore, qui peut s’identifier, théoriquement, entre deux pauses, deux silences. En fait, il est difficile d’identifier un mot sonore dans une chaîne sonore quasi-continue. Vous vous en rendez compte notamment lorsque vous écoutez une langue qui vous est inconnue ou peu connue.
Le mot sémantique ou unité significative, qui se différencie donc par sa signification. Ce sont les linguistes qui ont inventé ce découpage qui permet de différencier des « blocs de signification » (monèmes) ou même des unités beaucoup plus petites (sèmes).
Dans ce registre, un mot peut prendre la forme d’une expression entière : « passer du coq à l’âne » est un seul mot sémantique : en effet, il est insécable du point de son sens, même s’il est composé de plusieurs mots sonores différenciables.
Le mot lexical, autrement dit le mot figurant dans un dictionnaire de la langue. Ce découpage diffère du précédent, dans la mesure où il ne prend en compte que des mots graphiques ramenés à des formes initiales (singulier pour les noms, infinitif pour les verbes) et n’admet aucune expression ou locution en entrée.
2 – Le signifiant et le signifié
Dans une approche maintenant classique (Ferdinand de Saussure, 1916), tout mot a deux dimensions : le signifiant (son) et le signifié (sens).
La relation entre signifiant et signifié est dite « arbitraire » dans la mesure où il n’y a pas de lien nécessaire entre la série des sons prononcés et la signification qui lui est conventionnellement accolée.
Un animal domestique qui miaule pourrait prendre un autre signifiant que celui que nous connaissons, et c’est d’ailleurs le cas lorsqu’on parle d’un « greffier ».
Un même signifiant peut être associé à un ou plusieurs signifiés. La transcription graphique du signifiant lève toutefois de nombreuses ambiguïtés. Exemple : seau, sot, sceau, saut, …
3 – Les mots et les choses
Contrairement à une vision qui nous vient de l’Antiquité, les mots ne sont pas reliés aux choses, ce ne sont pas des étiquettes posées sur les choses. D’ailleurs les « choses » n’existent que de façon hypothétique, dans un univers qui nous est inaccessible : seules existent les perceptions et les représentations des choses.
Chaque langue construit un espace de signification différent, découpe à sa façon la réalité perçue et représentée et se spécialise selon les besoins sociaux du moment.
4 – Les mots en réseaux
La vision ancienne selon laquelle les mots seraient comme des boites, des tiroirs ou des récipients qui contiennent leur propre signification est aujourd’hui révolue.
Les mots n’existent que dans un jeu infini de différences et de renvois. Ils sont en quelque sorte, des nœuds dans un réseau et ne valent qu’en fonction du réseau déjà tissé.
Autrement dit, malgré tous les efforts sociaux pour fixer le lexique d’une langue, il n’y a pas deux réseaux sémantiques identiques chez les individus qui la parlent. Si l’on évoque par exemple le mot « cerise », il va être immédiatement associé à une couleur, ou à un gâteau, ou à un parfum, ou à un jardin, ou à un yaourt, ou à un noyau, ou encore à la guerre civile (« le temps des cerises »).
Bien sûr, un mot peut, malgré tout, pour les mots les plus simples, garder une signification approximativement commune, une signification lexicale généralement admise par les locuteurs d’une même communauté linguistique. Mais l’on peut constater que les usagers d’une langue ne se contentent pas de cette signification commune. Chaque mot s’enrichit ou s’alourdit de la signification personnelle qu’ils ont brodée autour du mot, au point de provoquer parfois des phénomènes de fétichisation ou de répulsion immédiate : soleil, pluie, travail, vacances, problème, victoire, araignée, etc.
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© Georges Adamczewski – EISTI – mars 2006
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