POÈMES DE JEUNESSE

La poésie autorise la jeunesse et la genèse de l'esprit. Elle met en folie et en fête  un ordre installé, rompt les habitudes de la langue, annonce des idées à l'état naissant. Au niveau du lecteur, elle est une invitation à construire du sens au-delà des frontières de la signification.

Les poèmes de jeunesse mis en espace sur cette page sont présentés selon un ordre chronologique.

Des mots jouent à la quille des flots

Des signes s'élèvent à la course des hublots

Une vague s'enroule

Et c'est moi qui coule

Poésie, tu es mon eau.

(1977)

Sur une question

Il y avait une question.

Sur cette question

Rien.

 

Sur la réponse

Il y avait une réponse.

Sur cette réponse

Peut-être.

 

Je suis ce peut-être

Sur la question de mon rien

La question peut-être

La réponse rien.

(1977)

Un grain d'absolu enfiévra ma planète

Au vent de ma périple solitude

Une fleur de cristal fit sa toilette

Au bain avide de ma finitude.

 

Et vint le nœud qui aspire le sable

Et brilla l'éclat qui inspire ma folie.

 

Compagne de cristal, j'aime ta brise

Elle souffle ma vie de la jouer vécue.

(1977)

Idéologie, mon cœur d'acier

Ma forteresse de fortune

Brisée.

 

Passion, ma ville glacée

Ma vacuité désirante

Portée disparue.

 

Implosion proliférante de mes énigmes

Explosion concentrique du hasard

Maintenant, je vaque à ma spirale.

(1977)

Qui ne suis-je

Cet océan qui me fluide

Ce hasard qui m'entrouvre

Cette fiction qui me délivre

Ce rocher qui me fait naufrage ?

 

Que ne suis-je

Cette terre qui m'engouffre

Sa diction qui m'enivre

Ce port qui m'espère ?

 

Déliaison me fige

Flux m'exige.

(1977)

Aujourd'hui, le météore de ma vie

Explose sans tonnerre.

 

Aujourd'hui, le temps s'espace

En des points insulaires.

 

Aujourd'hui, il fait joie

Dans ma nuit tranquille.

 

Aujourd'hui, il fait bien rire

Dans le jeu de mes quilles.

(1978)

COMMENT VIVRE AVEC SON TOURBILLON ?

 

Fuir avec le tourbillon dans le dos

Pesanteur au visage

Griserie et douleur

D'avoir résisté à un souffle destructeur.

 

Contenir le tourbillon chagrin

Qui s'étrécit en soi

N'en donner que le fruit mesuré.

 

Lutter en tourbillon contraire

Face au vent

Dans un combat inégal

Esquif en péril.

 

Détruire le tourbillon fou

 Habiller ses nuits vides

Et s'espacer comme la raison des choses.

 

Nourrir son tourbillon

Bouche avide

Ventre  et  néant vertige

A en éclater épars, en pluie d'océan.

 

Etre un tourbillon de joie

Vrille de vie

Souffler de ce vent frais et chaud

Que l'on aime laisser souffler en soi.

 

Jouer à tourbillon-vole avec soi-même

Sans amarres

Au risque de perdre le sens du vent.

(1978)

Nous étions comme des enfants égarés,

seuls,

sur une plage immense,

pleine de mondes à l'envers.

 

Et nos mots

se jouaient

avec une fervente douceur.

 

Et nos yeux

pleuraient

la tristesse des rieurs.

 

C'était la nuit grise du jour.

 

La saveur de l'air

portait des désirs

à s'épanouir.

 

Ici et là, le rêve

faisait merveille.

 

Même l'onde

du fleuve

n'oubliait pas sa beauté sereine.

 

Mais,

peut-être,

était-ce trop tôt.

(1984)

© Georges Adamczewski - juin 2006

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