QU'EST-CE QU'UN PRINCIPE ?

Il y a deux sortes de principes : le principe théorique, nécessaire au déroulement d’un raisonnement déductif, et le principe d’action, indispensable à la mise en œuvre d’une pratique :

"Les principes désignent, dans les sciences comme dans la morale, des propositions premières considérées comme des points de départ nécessaires en toute recherche, par exemple les axiomes en géométrie, le principe du déterminisme universel en physique, l’absolu du devoir en morale." (Emile BREHIER .- LES THEMES ACTUELS DE LA PHILOSOPHIE. Paris, P. U. F., 1964, p. 57)

Dans une structure de connaissance, tout comme dans un processus d’action, le principe est au commencement, au départ d’une logique. Il est fondateur et indiscutable, du moins dans une acception classique. Au besoin il est garanti par un Dieu, ou un synonyme de l’évidence partagée, l’expérience immédiate, l’intuition.

Autrement dit, le principe est une propriété première dont le champ d’extension est général ou universel. Tous les raisonnements y trouvent leur origine, toutes les actions, leur source d’inspiration. Un principe est une proposition première sur ce qui est ou sur ce qui est à faire, il est la règle initiale d’une description, d’une explication, d’une loi ou d’une norme.

Qu’il faille toujours s’appuyer sur une ou plusieurs propositions initiales indémontrables est le propre de toute théorie. Il y a toujours un ou plusieurs points d’entrée dans un raisonnement ou dans une construction qui répond à une logique. On pose d’abord tel postulat ou tel axiome et puis on creuse un chemin de pensée pure ou expérimentale qui va conduire à la formulation de telle assertion, théorème ou loi.

Dans le registre du faire, la proposition initiale a un statut différent, puisqu’elle s’adosse à des positions théoriques ou théologiques. Une morale s’inscrit dans une antériorité d’un autre ordre, celle de postulats généraux ou absolus concernant la nature humaine et son accomplissement. Une ligne d’action se réfère, au moins implicitement à des croyances, à des visions, à des mythes fondateurs. Autrement dit, le principe des principes d’action est toujours un principe de connaissance – que cette connaissance soit rationnelle ou passionnelle.

Prenons pour exemple un principe de connaissance dans un domaine particulier, celui de l’étude des langues ou linguistique. Un des principes fondateurs peut être le suivant : toute langue humaine a une grammaire (phonétique, syntaxe, sémantique) singulière, à nulle autre pareille. Ou le principe inverse : toutes les langues humaines sont gouvernées par les même règles fondamentales.

Au départ d’une recherche ou d’un raisonnement, il n’est guère possible de faire l’économie d’un tel choix de principe, car ce n’est pas sans conséquences sur la manière de procéder à l’analyse des phénomènes.

Si l’on s’appuie sur le premier principe linguistique, on cherchera à dégager, décrire et analyser les particularités de telle ou telle langue et à éventuellement établir des comparaisons pour aboutir à une classification en fonction de leurs particularités. C’est le propre d’une linguistique historique ou d’une linguistique purement descriptive de procéder ainsi. Dans ce cadre de référence initié par un principe qui commence par séparer les langues au nom d’une différence empirique, l’explication n’a pas sa place, car elle est impossible, à moins bien sûr de tenter d’expliquer le particulier par le particulier..

Si, par contre, on s’ingénie à adopter le second principe linguistique, on cherchera à découvrir les opérations universelles à l’œuvre dans chaque langue afin de montrer sous quelles formes elles se manifestent dans chacune. Nous sommes alors en présence d’une linguistique explicative qui met en relation des mécanismes profonds et des particularismes de surface.

Il est possible alors, avec cet exemple ou un autre, de réfléchir non pas sur la validité d’un principe, mais sur sa fécondité. Le principe est en quelque sorte une hypothèse générale indémontrable à l’intérieur de laquelle se déploie la connaissance. Les tenants d’une principe de base auront certes tendance à argumenter sur la valeur de vérité de leur choix. Mais leurs démonstrations ne pourront porter que sur les conséquences de leur choix initial et non sur le choix lui-même.

Dans certains champs de connaissance, notamment ceux relevant de l’art mathématique, au terme de principe, de principe initial ou de principe général, on préfère celui d’axiome. Ces propositions initiales indémontrables doivent être compatibles entre elles afin qu’elles ne conduisent pas à des conséquences contradictoires. A ces axiomes peuvent parfois s’ajouter, en début ou en cours de raisonnement, des postulats, sortes d’étayages nécessaires afin de poursuivre ou d’affiner une logique déductive. Un postulat, comme son nom l’indique, est une sorte de faveur que l’on demande, un accord préalable, souvent sur un aspect de second ordre, qui ne modifiera pas le raisonnement général.

© Georges Adamczewski – EISTI - juillet  2004

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