(Philosophie, Psychosociologie, Linguistique)
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La communication est un processus réciproque d'expression de données immédiates (mouvement, émotion, sentiment), de construction de données mentalement structurées (information), d'élaboration de méta-données (connaissance), de synthèse partielle ou globale d'un moment ou d'une durée (pensée), processus hyper-complexe lié à une activité partagée (entre au moins deux personnes) de recherche de signification (générale) et de sens (singulier), activité inspirée par un désir d'approchement de l'univers d'autrui. (Georges Adamczewski, 2005)
Un premier mouvement caractéristique de la
communication est celui qui émane d'une personne qui produit du signe, de la
signification et du sens à l'intérieur de son propre univers. Que ce soit au
travers du langage ou de modalités du comportement (attitudes, mimiques, gestes,
etc.), il y a, de façon incessante, une activité symbolique qui se construit
dans l'instant (perceptions, émotions) et dans la durée (mémoire, apprentissage,
conceptualisation, etc.). Cette activité se situe à niveaux variés et variables
de conscience ou de non-conscience. Chez l'être humain, elle est
auto-constructive : chaque personne construit son propre monde et sa
singularité, mais à la manière d'un architecte d'intérieur qui ne dispose pas de
tous les plans de l'habitat et qui n'a qu'une vision assez restreinte de son
environnement.
Le deuxième mouvement - volontaire ou involontaire - se caractérise par
l'envoi ou l'échappée de données qui proviennent de l'univers personnel de
chacun. Cette translation peut être passive (non-intentionnelle) ou active
(intentionnelle). Mais ce qui circule à la manière de flux entrelacés ce sont
des données qui doivent être déchiffrées, mais qui sont muettes quant au sens
singulier dont elles sont la trace. Autrement dit, il y a toujours au moins deux
messages dans un processus de communication intentionnelle : celui qui est
concocté pour lui-même chez la personne qui s'exprime et celui qui est
reconstitué par la personne qui perçoit et reçoit des données. Autrement dit, il
n'y a pas de message transmis, mais des éléments épars, parfois liés en paquets,
une sorte de puzzle incertain, généralement incomplet, à reconstituer sur le
plan de la signification (linguistique) et du sens (personnel).
Le troisième mouvement se caractérise par l'activité reconstructive de
la personne qui retraite les données qui lui sont offertes (ou disponibles).
Deux possiblibilités alors : soit elle va les interpréter, en les traitant, par
déduction, dans le contexte singulier de son propre univers symbolique, soit
elle va tenter, par induction, de deviner le cadre de référence à l'intérieur
duquel elles ont un sens pour l'interlocuteur - et c'est là où intervient
l'empathie.
Pour que ces trois mouvements puissent engendrer un processus
communicationnel, un quatrième mouvement est donc nécessaire, celui qui va être
initié par l'auteur du deuxième message, afin de tenter de le confronter au
premier, afin de pouvoir rectifier sa propre reconstitution. En fait c'est à un
double mouvement auquel un observateur externe peut alors assister : chaque
partenaire va reformuler - c'est-à-dire formuler autrement le sens intérieur
qu'il a construit : la personne qui s'est exprimée la première va prendre
conscience de ses propres zones d'ombre ou de confusion, et relancer une
nouvelle tentative d'expression, la deuxième va relancer autant que nécessaire
ses approximations.
Dans ces conditions, et au vu de ces quatre caractéristiques, un
processus de communication peut-il s'achever, trouver son accomplissement ? On
pourrait dire, avec une pointe d'humour, que la tragédie communicationnelle -
chacun étant enfermé dans son univers - est sans issue. La communication,
entendue comme transmission d'un message déchiffrable grâce à un code commun est
réservée aux machines et à la plupart des animaux. Chez l'humain, quelque chose
de cette harmonie pré-établie est brisé. Seules les dictatures ont tenté, à de
nombreuses époques, de restaurer cette vision inhumaine d'un monde uniforme,
unanime et unicode où la singularité de chacun est ignorée ou effacée.
Une définition simplifiée pourrait cependant apporter un regard plus
optimiste : il y a communication dès qu'il y a approchement de deux univers
personnels distants, bref, lorsqu'il y a rencontre. Une rencontre se reconnaît
justement à la mise en mouvement des partenaires l'un vers l'autre, dans une
proximité croissante, proximité qui malgré tout n'abolit jamais la distance, ni
la singularité de chacun. Il serait alors possible de définir la
non-communication comme une absence de mouvement vers l'autre ou comme un
mouvement d'éloignement, voire d'exclusion.
| Un des premiers obstacles à la compréhension du concept de communication est le modèle émetteur-récepteur qui est encore aujourd'hui considéré comme une évidence, un allant-de-soi. Ce modèle, aujourd'hui rétrogradé en idéologie ambiante, repose sur au moins deux types de métaphores : celle du projectile, comme la flêche ou la boule de billard, et celle de la machine, comme le téléphone ou maintenant l'ordinateur. L'image matérielle d'un objet qu'on lance vers ou sur une cible, ou celle d'une circulation de données au long d'un cable de connexion, se rejoignent : la chose qui se déplace le fait selon une procédure impulsée au départ de sa course et réceptionnée à l'arrivée. Tout semble bien sûr encore plus simple lorsque la trajectoire est canalisée, puisqu'alors elle ne nécessite point une adresse particulière de la part du lanceur. |
| Vous l'avez sans doute compris, la chose en question qui est transportée, c'est le message. Mais, erreur fatale pour cette conception primitive ou technicienne de la communication, le message entendu comme pure chose matérielle est une affirmation sans fondement : à moins, bien sûr, de considérer qu'un boulet de canon est un message fracassant ou que le mot chien peut vous mordre la jambe, dès qu'il a atteint sa cible. |
| La conception classique de la communication ne prend pas en compte la dimension - immatérielle - du sens, en se contentant d'indiquer la nécessité d'un code commun, ce qui est une deuxième erreur fatale. Car, ramener le langage humain, et donc chaque langue à un code est digne d'une blague pour linguistes espiègles : non seulement, la langue est un système et non un code, mais il n'y a personne qui parle la même langue, et, au travers de cette langue rebelle à l'uniformité sémantique, chaque personne crée son propre univers signifiant. |
| Troisième erreur du modèle séquentiel de la communication, départ-chemin-arrivée, c'est que le langage n'est pas le seul mode d'expression d'une personne. Au registre verbal il y a lieu d'ajouter celui du comportement, de la conduite. L'être humain n'est pas qu'une machine à parler ou à penser, c'est aussi un organisme vivant, avec ses émotions, ses passions, ses sentiments et ses attitudes. Et le propre de ces manifestations de la personne est de se produire non dans la successivité d'une séquence de communication discursive, mais dans la simultanéité. |
| Au travers de cette critique du modèle télégraphique ou téléphonique de la communication, on voit donc poindre une autre vision - orchestrale et polyphonique. Dans cette nouvelle approche, c'est l'organisme et non plus la machine qui est la métaphore principale. Il n'y a plus ici d'émetteur et de récepteur, de projectile ou de boule de billard. Nous ne sommes plus dans un univers d'objets qui se déplacent d'un point à un autre selon une trajectoire. La communication n'est plus une séquence au cours de laquelle des signes sont transportés, elle devient omniprésente. |
| Dans cette perspective, tout est communication : la communication est comme l'enveloppe et la chair de chaque système vivant. Car ce sont les relations qui sont premières et non les choses, qui en sont seulement l'expression, voire l'épiphénomène. Il y a alors une inversion, une révolution complète : la communication est comme le fond - le background - sur lequel surgissent les figures et les formes. Chaque individu est alors considéré non comme une entité émettrice isolable, mais comme un noeud dans un réseau. |
| Ce modèle aboutit néanmoins, comme le premier, à une impasse. Il y a d'ailleurs une similitude entre ces deux visions : ce sont des théories trop simples pour rendre compte de l'hypercomplexité de la communication humaine. Elles évitent de toucher à ce qui est probablement une des spécificités de l'espèce humaine, à savoir la recherche du sens et la réflexion sur les valeurs : la première est techniquement opérationnelle et la deuxième est pragmatiquement autosuffisante, mais elles se montrent fragiles dès qu'on les interroge du point de vue de l'humain. Si l'on osait, on pourrait dire même dire qu'elles sont philosophiquement absentes ou inconsistantes, d'où leur succès dans les idéologies contemporaines. |
| Au demeurant, le concept de communication évolue avec la société qui le rend pensable et qui le diffuse. Que l'on soit passé d'une vision de l'homme-machine à celle de l'homme-être-vivant est déjà un progrès. Mais on est encore loin, socialement parlant, de la reconnaissance de la personne humaine dans toutes ses dimensions. |
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| Qu'est-ce que la communication ? http://www.biblioconcept.com/textes/communication.htm |
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| La communication et le sens (Dan Sperber, 2000) http://www.dan.sperber.com/sens.htm |
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WIKICONCEPT :CONCEPT DE COMMUNICATION - Georges Adamczewski, mai 2006
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